le jardinier ecologique

IL FAUT SAVOIR CULTIVER SON JARDIN

 


Jules se repliait de plus en plus sur son jardin, la seule chose qui avait au fond un sens dans ce monde de tordus. Il se souvenait avoir confié un jour son goût pour cette bucolique activité à un stagiaire de l'ENA alors qu'il était en mission dans une capitale est-européenne. Ce dernier l'avait regardé avec des yeux ronds : comment pouvait-on choisir de s'occuper des tulipes ou des poireaux alors que, lâcha -t-il dans un souffle : « Ici tu peux rencontrer un ministre ! » La Cour a encore décidément de beaux jours devant elle !

« Ah, ce qu'on est bien, dans ces jardins » c'était le début d'une chanson de Dick Annegarn....

Depuis des années, Jules a planté et replanté autour de sa maison . De manière d'ailleurs anarchique ! Le jardin de Jules ressemble à Jules . Il n'obéit à aucune des règles qui s'appliquent normalement aux jardins et qui sont périodiquement rappelées sur les ondes par les mollahs du jardinage que sont Michel et Nicolas .

Les recommandations de Michel le jardinier n'admettent pas de réplique. La puissance et la conviction de son verbe sont comme un rotavator qui passerait sur un terrain enherbé : rien n'y résiste. Evidemment ces deux bateleurs du savoir-faire jardiniers sont comme tous les sorciers : ils doivent impérativement convaincre leur auditoire que leur savoir n'a pas de limites. Fût ce au prix de conseils passe-partout voire de recommandations plutôt étonnantes comme quand Michel conseille à une pauvre dame qui veut se débarrasser du lierre qui envahit son terrain et qu'il lui conseille d'utiliser du roundup, confondant au passage la marque et le produit actif mais surtout oubliant que dans tous les ouvrages et magazines, on peut lire que le glyphosate, vendu par la firme Monsanto sous le nom de Roundup détruit tout sauf la prêle et... le lierre. En cela, nos grands prêtres sont un peu comme nos politiques expliquant à leurs clients citoyens ce qui est bon pour eux : mais la ressemblance s'arrête la : Quand la malheureuse revient avec son rhododendron définitivement mort, tout en soulignant qu'elle a suivi pourtant les conseils du Maître, celui ci balaie l'argument d'un revers de moustache : pour jardiner, il faut avoir la « main verte » c'est un don que Michel et Nicolas peuvent faire partager mais sans obligation de résultats.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, Michel et Nicolas, comme d'ailleurs tous les autres clercs qui n'ont pas le statut de grand prêtre médiatique recommandent à leurs ouailles la Raison et encore la raison : un comportement rationnel car éclairé par les conseils des sages et raisonnable car inspiré de l'humilité qui sied à celui qui veut comprendre les mystères de la terre.

La première de ces règles est d'éviter l'impasse consistant à essayer de cultiver des plantes difficiles voire impossibles. Laissons aux maîtres ce qui revient aux maîtres et aux apprentis ce que peuvent faire les apprentis. Cela ressemble un peu au grand Bocuse expliquant en deux cent cinquante pages comment faire une cuisine simple ; un œuf à la coque ou des pommes vapeurs. C'est déjà un grand honneur que vous fait le maître, en se mouchant le nez, de vous envoyer trois crottes de son savoir : n'en demandez pas plus !

Mais Jules n'a rien de raisonnable. Il se compare parfois à Prométhée, cet anarchiste teigneux qui passait son temps à emmerder les Dieux. Quand le plus grand d'entre eux en a eu marre, il l'a attaché à un rocher et a envoyé un aigle lui bouffer le foie. Pas grande crainte de ce côté la : Michel ne sait pas parler aux aigles. Mais quand, même, la comparaison s'arrête là car, il faut bien l'admettre ; l'anarchisme rampant de Jules est une vertu dont il se pare mais qui cache aussi quelque chose de moins glorieux : une évidente paresse qui l'empêche, le plus souvent, de mener à bien ses projets de jardins de Babylone.

Et puis, Jules est surtout un collectionneur impénitent, à la recherche sans cesse de nouvelles sensations : alors, il plante et replante. Bon évidemment, certains qui confessent ne pas être des fanatiques du jardin s'en remettent à un paysagiste qui sera d'autant plus raisonnable qu'il n'a pas à faire d'investissements affectifs.

Le problème, avec les arbres, c'est qu'ils grandissent : même l'Eriobotrya, ce méditerranéen aux feuilles craquantes, après avoir souffert les premiers hivers a fini par se dire qu'il fallait profiter des avantages de l'expatriation et donc de l'humidité du bocage. Il fait maintenant des pousses de cinquante centimètres par an. Là, un céanothe a tout tué en s'étalant sur une dizaine de mètres carrés, un peu plus loin, un arbousier de vingt ans commence aussi à manifester une encombrante présence. L'eucalyptus de quinze mètres planté à l'automne 84 et massacré par l'hiver suivant risque de s'abattre un de ces jours sur la maison quand cela soufflera un peu trop fort.

En fait, le problème avec les arbres est qu'ils ne sont manifestement pas imprégnés de culture judéo-chrétienne : ils se haïssent et leur devise serait plutôt : « mort aux faibles » Les plus méchants d'entre eux sont incontestablement les noyers dont les racines ou les feuilles rejettent des toxines tuant toute concurrence aux alentours. Mais les chênes ne sont pas mal non plus ! Comme ces deux espèces profitent allègrement de l'aide de quelques écureuils écervelés qui mettent leurs fruits en terre et puis les oublient parce que précisément ils ont une toute petite cervelle, ils ont tendance à pousser ici ou là, sans prévenir.

Mais Jules est têtu et peu respectueux des conseils des grands prêtres médiatiques : c'est ainsi qu'il a planté à l'abri, devant sa maison des caesalpina qui le gratifient chaque année de leurs merveilleuses fleurs jaunes et rouges et qui naquirent d'un semis de graines ramenées de Crête. Tout comme cette souche d'agapanthes dont les graines furent dérobées dans un jardin de San Francisco et ces feijoas, originaires du Brésil, qui donnent même des fruits.

En fait, ici, au cœur du bocage et pourtant déjà bien au septentrion de la douceur angevine , et si l'on excepte les arbres tropicaux et les agrumes, le seul trésor vraiment critique reste le mimosa, car son cousin, l'albizia, caduque, résiste plutôt bien. Si l'on s'entête à la planter, on a de bonnes chances de le conserver cinq ou six ans avant qu'une offensive hivernale ne le tue . Avant l'hiver 85, certains avaient atteint une bonne taille.

Depuis quelques années, on en voit à nouveau fleurir dans les jardins.


En fait, Jules a deux bêtes noires, entendons par là deux végétaux qui prennent un plaisir consommé à le narguer en lui signifiant qu'il n'est sans doute pas le grand jardinier qu'il prétend être.

La première est le méconopsis, connu aussi sous le nom de pavot bleu de l'Himalaya. Une merveille : imaginez une fleur large de dix centimètres avec des pétales d'un bleu profond au centre desquels jaillit une étamine d'or ! Mais cette plante mériterait plutôt le nom de Belle de Cadix car elle ne veut pas d'amant, en tout cas pas de Jules ! On sait pourtant que la belle s'est donnée au couple Lemonnier qui a abandonné le métier de vétérinaire pour créer une pépinière en Normandie.

Cultiver le méconopsis suppose une patience et une attention de tous les instants . La graine est capricieuse : comme ses sœurs les alpines, elle a besoin de froid, disons plutôt du passage de quelque chute de neige pour germer. C'est la fonte de la neige qui va endommager son armure protectrice et libérer la vie. Autant dire que cette partie du bocage ou souvent la neige ne pointe pas son nez de tout l'hiver n'est pas son aire de prédilection. Si elle a germé, elle doit affronter un autre danger qui est celui des limaces, sans que l'on sache vraiment si c'est par goût ou pour emmerder le jardinier que ces sales bestioles gluantes la mettent à son menu. Le temps passant, la plante devra affronter l'été : en effet si , en raison de sa région d'origine, elle ne craint guère les rigueurs de l'hiver, elle ne tolère pas la sécheresse. Donnez rapidement le contenu d'un arrosoir à quelque plante un peu fanée qu'elle reprend vie au bout de quelques heures. Chez le méconopsis, il est déjà trop tard, il n'y a pas de réanimation possible. Enfin, cette sauvageonne vous réserve sans doute le pire pour la fin : Tant d'efforts pour un parcours aussi périlleux et un résultat aussi aléatoire justifierait qu'on lui demande, après floraison de donner des graines. Gardez-vous d'une telle exigence car si vous la laissez monter à graine, la plante risque généralement de mourir étant semble-t-il incapable d'assurer en même temps sa reproduction et sa croissance végétative puisque c'est normalement une plante vivace appelée à renaître au printemps suivant.

Autant dire que la culture de la belle requiert de la part du jardinier qu'il soit plus un obsessionnel qu'un contemplatif et Jules, vu son peu de goût pour l'ordre, ne fait manifestement pas partie de la première catégorie.


La seconde bête noire de Jules est l'abricotier. Jules déteste finalement que des arbres se refusent à lui et s'agissant de l'abricotier s'y ajoute une raison supplémentaire : l'abricot est un fruit qui n'est savoureux que quand il est cueilli dans l'arbre. Il est donc fortement inadapté aux conditions modernes de production qui supposent qu'il soit ramassé non mûr avant d'être acheminé sur les lieux de consommation. D'ailleurs, ce que l'on peut acheter au magasin relève plutôt, au niveau du goût, d'un croisement monstrueux entre une tomate et un navet.

L'abricotier prend ici un malin plaisir à fleurir tôt, parfois même à la mi-février. Les dernières gelées pouvant intervenir jusqu'à fin avril, voire la mi-mai parfois, les chances de récolte deviennent assez aléatoires et ce d'autant plus que la fleur ou le jeune fruit se montrent beaucoup plus sensibles au gel que les autres fruits. Dans ce bocage où il ne pleut finalement pas tant que cela mais où il pleut souvent, l'abricotier est la victime toute désignée de la moniliose qui organise méthodiquement son dépérissement. Comme si cela ne suffisait pas, les pépiniéristes fainéants le greffent sur du prunier myrobolan dont les spécialistes de la greffe soulignent pourtant les problèmes d'incompatibilité. Le résultat est le plus souvent, par un jour de grand vent, le décollement au niveau du point de greffe ou tout simplement le dépérissement : en quelques jours et sans que vous sachiez pourquoi , votre arbre dessèche au dessus du point de greffe. Il vous restera le porte-greffe qui a tendance à drageonner de manière intempestive.

Il faut écussonner l'abricotier sur un prunier Reine Claude pour obtenir un arbre durable. Mais la greffe est capricieuse et les chances de réussite bien maigres.


Mais contrairement à ce que rabâchent nos deux grands sorciers, c'est bien cette résistance de la nature qui rend intéressant le travail du jardinier. Se remettre à l'ouvrage, malgré les échecs, non seulement pour finir par découvrir le secret de la culture qui vous échappe mais aussi pour faire la nique à la nature comme on fait la nique à la mort. Car Mère Nature n'existe pas ! L'homme est le seul à avoir réussi à la domestiquer et c'est un combat de tous les jours. Cessez d'entretenir un terrain pendant trois ans et vous retrouverez un champ de ronces et d'orties.

C'est bien pour cette raison que le jardinier écologique est abyssalement con.

La rubrique « jardinage écologique » des magazines consacrés au jardin ne peut abuser que ceux, écolos ou non qui sont incapables de faire la différence entre une laitue et un pissenlit. Pour le lecteur un tant soit peu averti elle est au jardinage ce que la médecine pouvait être à Diafoirus.

Tout jardinier écologique qui se respecte se doit d'avoir une prédilection pour des légumes sortis de la nuit des temps mais qui ont ceci de commun, que faute d'être averti de leur nature biologique et miraculeuse, quatre vingt-dix-neuf pour cent des gens repousseraient leur assiette avec un haut le cœur. La centième personne aurait subi une amputation de la langue. Ainsi en va-t-il de la consoude, du topinambour et des orties. Mais les rois incontesté du jardin écologique sont les courges et potirons, sans doute parce que leur grande taille et leur abondance persuade définitivement le jardinier vert de ce qu'ils sont la solution aux pénuries qui menacent l'humanité. Lorsque la folie des hommes aura définitivement détruit la planète il restera les citrouilles qui produisent d'ailleurs une grande abondance de graines et sont donc le symbole même du développement durable. A moins que leur ventre arrondi ne rappelle celui de Mère Nature qui continue à nourrir ses enfants malgré leur ingratitude.

Si le jardinier écologiste consent à produire des légumes plus « gastronomiques » c'est à la stricte condition qu'il s'agisse de variétés traditionnelles au bord de l'oubli . Les dites variétés ont sans doute des noms pittoresques mais c'est bien souvent leur seule qualité. Si d'aventure, elles ont réellement une qualité gustative, il faut s'attendre à ce qu'elles soient , à la première occasion, victimes de la première maladie qui passe. Le jardinier écologique récuse naturellement tout ce qui peut être hybride F1 dans lequel il voit déjà la marque de la sorcellerie. Ne parlons évidemment pas des plantes génétiquement modifiées qui n'ont pas encore fait leur entrée au potager mais qui sont d'avance une telle monstruosité que celui qui les mettrait en terre ne devrait mériter pas moins que d'être traduit devant un tribunal pour crime contre l'humanité.

La même chose vaut pour les pommes et autres fruits. Si la Reine des Reinettes ou la Belle de Boskoop sont acceptées seule la Framboise d'Oberland, l'Api étoilé ou la Patte de loup sont véritablement dignes du jardin écologique. Haro en conséquence sur l'Idared, la Golden et surtout la Starcrimson. On ne sait pourquoi cette dernière déclenche surtout la vindicte des écolos mais c'est vraiment, à les en croire, une incarnation du diable et ce d'autant plus facilement qu'elle doit être une création de l'oncle Sam !

Les pommes préférées de notre écolos sont- elles acides ou âpres, sont- elles farineuses ou se transforment- elles en chiffon de papier que cela ne saurait ébranler autant de vertitude. Qu'on se le dise, si elles ont disparu depuis longtemps des étalages, ce n'est pas à cause de leur absence de saveur mais parce que l'on a perverti le goût des consommateurs. Ce n'est pas, comme l'affirme Georges Del bard, parce que dans ce grenier à vieilleries phonologique, il n'y a rien qui puisse même être réhabilité, mais parce qu'un complot dont les acteurs sont pêle-mêle les yankees, les fabricants de pesticides, la grande distribution et surtout le plus vil d'entre eux, le capitalisme productiviste a été organisé.


Mais c'est au niveau des techniques culturales que le jardinage version écolo confine à l'apothéose. C'est la que le rêve fusionnel avec la nature prend toute sa dimension.

Commençons d'abord avec les outils car pour cultiver la terre il faut des outils. Le jardinier écologique n'a qu'une estime modérée pour la pelle dont on sent manifestement que son principal défaut est d'agresser la terre. Le râteau est écologiquement correct mais en revanche est bouté hors du jardin tout ce qui peut être outil motorisé producteur de gaz à effet de serre.

En revanche, le jardinier écologique a des outils spécifiques tout à fait pittoresques comme la grelinette dont on aurait bien du mal à faire une description tant sa forme et sa fonction relèvent à coup sûr du surréalisme. A moins que de manière quasi-inconsciente, elle n'ait été inventée pour copier les outils primitifs des hommes des cavernes car un jardinier écolo maniant la grelinette, cela fait insensiblement penser à ce que pouvait être le dépeçage du bison au moyen d'un silex. L'écolo étant souvent chevelu et barbu, cela ne fait que souligner la pertinence de la comparaison.

Le jardinier écologique se doit aussi de jardiner avec la lune. Il a donc pour bible un calendrier lunaire. Tout comme l'Eglise avait découpé l'année en périodes de gras, de jeûne et d'abstinences, le calendrier lunaire se présente comme une trame extrêmement compliquée constituée de courtes périodes. De même que tout bon chrétien devait s'abstenir de travailler la terre le vendredi saint pour éviter de la faire saigner du sang du Seigneur, de même que dans certaines religions, la femme est impure lors de ses périodes menstruelles et ne doit pas être touchée par l'homme, le jardinier écologique a des périodes appelées nœuds lunaires pendant lesquelles tout travail est interdit. Les autres moments sont censés être favorables lequel au greffage, lequel au semis des légumes feuilles comme la laitue, lequel à la replantation des légumes racines comme le céleri rave, mais pas la carotte que l'on ne replante pas, même chez les jardiniers écologiques, ce qui doit profondément les peiner car c'est autant de travail en moins.

Jules a bien testé un jour la pertinence du calendrier lunaire en plantant des pommes de terre à deux jours d'intervalle, les dernières étant mises en terre en pleine période interdite. Il ne remarqua aucune différence au niveau du résultat. D'ailleurs, si les maraîchers et pépiniéristes devaient suivre de tels préceptes, leurs personnels seraient la plupart du temps en chômage technique et la faillite les rattraperait les uns après les autres.

Mais de même que le Tout-Puissant n'a pas besoin de faire des miracles pour que les fidèles se rendent à Lourdes (Il a d'ailleurs tendance à se montrer de plus en plus pingre au fur et à mesure que monte le flot des mécréants), la lune n'a pas besoin d'influer sur la pousse des fruits et légumes pour que le jardinier vert s'incline devant ses vertus. Comme les religions antiques étaient peuplées de Dieux dont certains ne servaient à rien mais auxquels on faisait quand même des sacrifices ( sait -on jamais !) L'univers du jardinier écologique est peuplé de puissances bénéfiques ou maléfiques avec qui le pauvre mortel doit savoir composer s'il veut éviter de déclencher leur ire.

Le jardinier, écologique ou pas doit affronter des milliers d'obstacles, non seulement la soif provoquée par l'absence d'eau ou au contraire l'excès de pluies, mais aussi des centaines d'ennemis qu'a produits Mère Nature comme pour mieux mettre à l'épreuve les hommes, trop enclins au péché d'orgueil. Y figurent d'abord les hordes barbaresques constituées par les mauvaises herbes parmi lesquelles les Tamerlan portent le nom de Chiendent, d'Ortie, de Matricaire ou encore de Liseron. La seconde armée est composée d'adversaires plus vicieux : ce sont les maladies cryptogamiques ou non comme le redoutable Mildiou, la Moniliose ou la Cloque du pêcher. Enfin, la plus avancée dans l'ordre de la Création est celle des animaux qui ont nom Pucerons, Chenilles, Limaces et Escargots, sans oublier, pour faire bonne mesure les Etourneaux et Merles mangeurs de cerises, les Bouvreuils ravageurs de bourgeons ou les Taupes dévastatrices de plate- bandes.

Le jardinier traditionnel dispose d'un arsenal redoutable de produits autorisés par la loi ( même si le bureaucrate bruxellois tout acquis à la cause des pays où il fait trop froid pour jardiner tend à en réduire chaque année la liste au motif, toujours indiscutable, qu'il est là pour veiller sur notre santé) ainsi que d'autres plus prohibés qu'il utilise parfois, surtout à la campagne.

Rien de tel pour le jardinier écologique qui est pris dans un drame quasi cornélien.

Le jardinage écologique est d'abord une agression contre les équilibres fragiles liés à l'écosystème. Avoir un potager, c'est autant d'espace vital que l'on extorque aux orties, aux ronces et autres renouées, persicaires ou pas. De là à penser qu'il s'agit d'un nettoyage ethnique à l'échelle végétale, c'est un pas que l'on ne saurait franchir mais qui sera peut être franchi dans un proche avenir au train où se développe le délire vert.

S'il consent à considérer, du bout des lèvres que les « mauvaises herbes » doivent être détruites, ce n'est pas sans mentionner d'abord leurs bienfaits. Certaines vont chercher des minéraux rares dans les profondeurs du sol, d'autres ont des vertus culinaires ou thérapeutiques, d'autres enfin servent à lutter contre divers parasites, voire à fertiliser les sols. L'ortie jouit à cet égard d'un statut particulièrement favorable servie en soupe, en purée ou encore en purin, mais dans ce dernier cas uniquement aux légumes du potager, eu égard à son odeur épouvantable.

Mais la destruction des mauvaises herbes se paie en « huile de bras » car il est hors de question de céder à la barbarie productiviste en utilisant des désherbants chimiques. Les religieux verts, aidés par les laïcs de la Commission ont réussi à mettre hors la loi bon nombre de ces produits. Qu'on se le dise, les autres sont en sursis !

La lutte contre les maladies est sans doute le lieu ou l'ingénierie verte déploie le mieux l'étendue de son génie. D'abord, il faut retenir que si les végétaux sont malades, c'est d'abord à cause de l'Homme qui, en sur traitant, a abaissé les défenses naturelles des végétaux voire ouvert des fenêtres pour d'autres maladies. Bon, fort bien, mais le problème est que le Bobo des quartiers branchés parisiens, lyonnais, toulousains ou rennais, tout prêt à manifester contre la poubelle nucléaire ou à soutenir Bové dans son combat contre la mal bouffe n'achèterait certainement pas une pomme tavelurée ou un pied de céleri criblé de rouille. La production professionnelle dite biologique doit donc faire des compromis. Pas notre jardinier biologique qui a tout un arsenal de grigris pour faire face à chaque fléau. Outre le purin d'ortie, déjà mentionné, il dispose, dans la lutte contre le redoutable mildiou de la tomate du fil de cuivre qui, introduit horizontalement dans la tige de la plante, extermine cette écœurante maladie.

La lutte contre les insectes et divers mollusques n'est pas en reste. Si l'on conseille éventuellement de ramasser à la main les doryphores ( que le jardinier vert n'a cependant pas érigé, à l'instar de ce que fut la propagande stalinienne, en agent rayé de la CIA) la lutte contre les pucerons peut se faire en plantant des œillets d'Inde ou des capucines à côté des plantes à protéger : leur odeur éloignera les intrus. Le résultat n'est pas certain mais en revanche la vigueur des capucines est telle qu'il faudra tôt ou tard choisir entre les arracher ou les laisser étouffer les légumes. Plus efficace encore est une décoction de mégots : le jus de tabac enverra les pucerons au paradis ! Ces conseillers en recyclage des substances nocives ne semblent cependant pas saisir, qu'utilisant de tels produits, ils pourraient être poursuivis par leur voisin au nom du tabagisme passif.

La lutte contre les limaces est encore plus folklorique : le jardinier vert dispose de deux armes redoutables que sont d'une part un rempart de cendre de bois autour des salades à protéger et d'autre part des pièges à base de bière censés être mortels pour les pochardes que sont les limaces et les ivrognes invétérés que sont les escargots. Ces armes redoutables ont cependant leur talon d'Achille et notamment la première qui ne résiste pas à la pluie laquelle est le temps de sorte préféré de ces infâmes mollusques. Quant à la seconde, on ne comprend pas pourquoi les écolos ne se sont pas encore attiré les foudres du professeur Cageot, pour trouver des vertus à l'alcoolisme et de Brigitte Bardot pour inoculer de telles pratiques à des espèces aussi innocentes que l'étaient les Indiens d'Amérique, quand, pour leur plus grand malheur, ils firent la rencontre des Blancs.


Le résultat de l'utilisation d'un tel arsenal sur le potager ou le verger est comparable à celui que pouvait donner dans les temps anciens l'utilisation d'une potion composée de fiel de vautour, de bave de crapaud et de menstrues de ribaudes pour combattre la peste ou la petite vérole : nul ou quasi nul !!!

Mais le faire remarquer ne sert pas à grand chose voire vous désigne comme un mécréant de la pire espèce car tel le poète Aragon que chante Ferrat, l'écolo a toujours raison. Les tomates de notre jardinier sont- elles toutes noires à cause du mildiou qu'il soutiendra que sans fil de cuivre elles l'auraient été bien avant. Ses rosiers sont- ils envahis de pucerons qu'il accuse le voisin d'avoir tué les coccinelles qui n'auraient pas manqué de les dévorer. Et plus généralement, si on souligne la maigreur du résultat, il rappellera que l'homme n'est qu'un prédateur et qu'il est tout à fait normal que le reste de la nature prélève sa part.

Mais on n'a de toute manière rien compris au jardinage écologique si l'on pense que le but de ses adeptes est de produire des fruits et légumes meilleurs au goût et plus sains. Au fond, ce qu'obtient le jardinier vert, au terme d'un travail de bagnard, c'est ce qu'a bien voulu lui laisser la Nature tout comme Dieu, dans sa grande miséricorde, pouvait accorder aux pauvres pécheurs leur pain quotidien. L'homme est coupable de prédation sur un monde divinisé (le mythe de Gaia hante l'âme des écolos) et il doit être satisfait que celle qu'il maltraite consente à le laisser survivre. La grelinette et le purin d'ortie sont les formes modernes de ce qu'étaient la haire et la discipline de Tartuffe, à ceci près que Tartuffe, sans illusions sur la religion faisait semblant alors que le jardinier écolo a toujours la foi du charbonnier.

La même chose vaut d'ailleurs pour l'énergie que l'on consomme : les écolos s'en prennent-ils aux centrales polluantes qu'on leur propose une alternative nucléaire. Ils braillent alors contre les déchets du même nom. Et quand on se propose de construire un parc d'éoliennes dans le Larzac, ils brament encore au nom de la pollution esthétique que cela entraînerait. En fait, ce n'est pas vraiment le caractère polluant ou nom de l'énergie qui les gêne ; c'est tout simplement le fait de consommer de l'énergie. Comme pouvait être intolérable , autrefois , le fait de s'abstenir d'aller à la messe ou à confesse , est tout aussi condamnable le fait de s'abstraire de la pénurie qui est là pour nous rappeler que nous ne sommes qu'un élément de la Nature parmi d'autres. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que de constater que le jeûne et l'abstinence ont pris les couleurs de la diarrhée verte.

Tout cela n'est qu'une des excroissances produites par une culture judéo-chrétienne qui survit à la mort de Dieu en inventant le culte de la nature. La culpabilité, la faute, la recherche du pardon y sont plus que jamais présentes et même la génuflexion que s'impose notre écolo pour travailler, que dire toucher la terre.

Tout cela n'est pas, somme toute, différent de cette autre forme de recyclage du christianisme que sont les sectes, si ce n'est que cette nouvelle religion ne comptant pas de clercs, il n'existe pas de structure de pouvoir pour exploiter la misère des fidèles.

Mais on aurait tort de confondre ces pratiques avec la bergerie de Marie Antoinette. Il y a quelques années encore, un de ces adeptes, exploitant d'une ferme écologique située dans le centre de la France mettait en vente, à des prix exorbitants non seulement des graines de légumes anciens, mais aussi des crèmes et onguents issus de potimarrons ou autres plantes aux mirifiques vertus et censés combattre ... le cancer et le sida et ceci sans que personne ne se soit apparemment inquiété de cette forme peu orthodoxe d'exercice de la médecine. Bien au contraire, il avait pignon sur rue et écrivait dans une revue de jardinage populaire des articles sur les pratiques culturales d'un jardinier arabe. Ce qui y était décrit relevait ni plus ni moins de l'affabulation comme le fait de faire pousser des espèces botaniquement différentes sur un même arbre.

La crédulité de ce petit monde est proportionnelle à son ignorance crasse. Pourquoi ne pas les laisser croupir dans leur purin d'ortie ou leur décoction d'herbe à Nicot . Peut être simplement parce que ces gens là sont une menace pour Prométhée, le premier qui se leva pour dire aux hommes qu'il fallait combattre la fatalité et que les secrets des Dieux étaient des secrets de Polichinelle. Prométhée même attaché à son rocher et tordu de douleur a continué à narguer Zeus et c'est à lui que nous devons le bien-être qui est le nôtre. L'obscurantisme véhiculé par ces gens-là fait d'autant plus froid dans le dos qu'en version « caviar plus langouste, il sert de fond de commerce à une partie de la classe politique.

Un jour, un journaliste de France Inter, bien connu pour à défaut de penser, parler dans tous les sens un peu comme pouvait sauter Zébulon, un des personnages du Manège enchanté, interrogeait la ministre verte de l'environnement et l'invectivait sur la circulation des voitures et la pollution qu'elles occasionnaient en disant que rien n'était fait. Puis il ajoutait « d'ailleurs je suis venu à pied au travail ce matin » Ouf , on était rassuré ; au moins il n'habitait pas La Courneuve ou Aubervilliers !!!

Quelques jours plus tard un autre, ayant à commenter une information sur l'arrivée de maïs transgénique crut bon d'évoquer le produit en demandant à sa collègue si elle avait déjà mangé de la merde. Il est dommage que les auditeurs et payeurs de redevance n'aient pas eu la possibilité de donner à goûter une assiette de merde authentique à ce qu'il faut bien appeler un journaliste de merde.

Ainsi va le monde. Les prolos perdent leur emploi, les paysans travaillent toujours plus pour souvent gagner moins. Mais rien n'est trop cher pour soigner les bobos de nos bobos, protéger leurs petits poumons et décrocher un authentique jambon pour soigner leur petite faim.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (114)

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