LETTRE OUVERTE A EDOUARD PHILIPPE

 

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Monsieur le Premier Ministre

En 2003, décision confirmée en 2004, Loïc Sécher a été condamné à 16 ans de réclusion pour viol sur une mineure, prénommée Emilie et âgée alors de 13 ans.

En 2008, la prétendue victime admet avoir menti. Loïc Sécher sera libéré après avoir passé 7 ans de sa vie en prison. Loïc Sécher était ouvrier agricole, un « sans –dents «  comme disait parait-il un certain, qui aura été victime d’une fâcheuse erreur judiciaire. La justice est celle des hommes et n’est pas infaillible, surtout pour certains.

Pour sept années de sa vie foutues, il recevra 790 000 euros, généreusement alloués par l’Etat et le contribuable en réparation du tort qui lui a été fait. De toute manière, comme aurait dit Mr Séguéla, c’est un peu tard pour s’acheter une Rolex.

C’est à quelques milliers d’euros prêts,  deux fois la somme que vous avez dépensée pour prendre un avion qui vous aura permis d’être deux heures plus tôt à Paris.

N’espérez pas que je joigne ma voix à celles particulièrement mesquines qui se sont amusées à convertir la somme en années de SMIC. D’ailleurs, même Robert Menard a trouvé l’exercice mesquin ; alors si Robert Ménard le dit …

Personnellement, je ne doute pas que des dossiers de la plus haute importance vous attendaient à Matignon.

Mettre en œuvre la nécessaire réduction des dépenses de l’Etat par exemple : Il se trouve que, comme vous, j’ai partagé ce privilège de connaître la haute administration par le biais de cette école si honnie dont nous sommes anciens élèves et je ne doute pas que la tâche soit immense. Pour ne prendre qu’un  seul exemple, Mr Sarkozy confia à Mr Borloo la tâche de saborder le Ministère de l’équipement et de transformer ses agents en ‘flics verts » chargés d’empoisonner la vie de ceux qui étaient assez bêtes pour contribuer à nos exportations comme les agriculteurs. Son successeur ne manqua pas de creuser le sillon pour y nommer madame Royal, celle qui a brillamment démontré, à la tête de la région Poitou Charente qu’ « Un euro dépensé est un euro utile » (je ne suis pas certain d’avoir entendu cela à l’ENA mais madame Royal  en a certainement retenu l’enseignitude…). Vous l’avez nommée là où elle doit montrer toute son efficacité : ambassadrice des pôles ! Mais tel Bolivar, vous n’alliez pas « labourer la mer », alors vous avez parachevé le travail avec Mr Hulot dont une certaine retenue me conduira à ne pas parler. Car après tout, rien n’indique que ce soit lui qui soit l’instigateur du viol de la souveraineté populaire reconnue dans l’article 3 de la constitution et qui vous a conduit à enterrer le projet Notre Dame des Landes !

Non, Monsieur le Premier Ministre : une tâche beaucoup plus importante vous attendait. Il fallait expliquer aux « Sans-Dents » qui réussissent encore à aller bosser en dépit des embûches et autres obstacles que madame Hidalgo la bobotte met sur leur passage, que 90km /h c’était trop et qu’ils risquaient de provoquer un accident en vous croisant quand vous roulez à 140 .Mais, on en conviendra, mesquineries que tout cela, vous étiez trop absorbés par vos tâches et n’avez rien vu, pressé que vous étiez d’aller à votre bureau faire le bien du peuple. Charles Amédée de Courson, dit CAC 40 par les intimes avait ainsi…perdu tous ses points, lui qui faisait la loi et fronçait les sourcils quand on enfreignait les diktats de la sécurité routière.

Non, voyez vous, ce n’est pas ce qui me gêne ! Un odieux personnage qui avait parfaitement compris la  logique de votre raisonnement  et qui s’appelle Pascal Boniface, expliquait que l’on faisait tout un plat des 400 victimes des attentats islamistes quand il y avait 10 fois plus de morts sur la route. Donc, je ne saurais que vous conseiller de persévérer ; en limitant à 40kmh la vitesse, voire en interdisant la voiture 5 jours sur sept (il suffit d’installer des sacs de couchage sur les lieux de travail), vous devriez pouvoir faire descendre encore le nombre de morts et faire mentir Mr Boniface en même temps que Adie Plenel pourra claironner dans Merdiafart que le premier qui dit la vérité….

Voyez vous, monsieur le premier ministre puisque dans ce gouvernement dont les français ne connaissent pas la moitié des noms on peut au moins vous désigner par une place, ce qui me gène, au fond c’est le profond dérangement des valeurs de nos sociétés auquel vous apportez, toute honte bue, votre contribution.

En 1944 et 45, 3500 personnes étaient tuées chaque jour à Berlin par les bombardements. Lors de l’offensive des alliés en 1944 il est arrivé que la moitié d’un village normand soit anéanti en une nuit. En ces temps dramatiques, les choses avaient un sens et on ne qualifiait pas de meurtre n’importe quel événement.

Progressivement, et de plus en plus rapidement, on en est venu à considérer que toute mort se valait. Les meurtres sont rares en France mais on les a élargis. Des siècles de civilisation avaient façonné le fameux Talion qui faisait que l’Etat était devenu le seul détenteur de la vengeance légitime. Avant que la règle ne soit établie, c’était le règne de la vengeance, la mort d’un membre du clan justifiant la vendetta vis-à-vis de l’autre quand bien même, cette mort n’avait eu aucun caractère intentionnel. La civilisation a appris à distinguer ce qui dans les actes des humains relevait de l’intention de nuire  et ce qui relevait de l’imprudence. Des raisons multiples sur lesquelles je ne m’étendrai pas ici, ont fait que cette distinction a disparu. Y a-t-il un accident qu’il faut  trouver un coupable, un « assassin de la route » selon le vocable que l’on a laissé honteusement se répandre. Et puis, selon une psychologie de vide-grenier chère aux journalleux de tous poils, la famille doit « pouvoir faire son deuil « 

Ce n’est plus la justice qui dit le droit, c’est la famille de la victime ou les associations de tous poils qui dictent un droit à la vengeance, qui revendiquent un droit d’usage du talion pour apaiser une douleur qui est toujours incommensurable.

Et selon la formule consacrée, quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. Vous laissez ainsi votre ministre des droits de la femme parler de « féminicide ». Le mot  n’est pas innocent car il signifie sans doute chez son auteur cette idée selon laquelle le « féminicide » n’est pas un « homicide «  comme un autre, il est beaucoup plus grave, sinon pourquoi faire cette distinction !

Et savez-vous ce que cela rappelle ? Simplement le droit de l’époque mérovingienne, le droit franc, quand le meurtre d’un franc n’est pas puni de la même peine que celui d’un gallo-romain. Et c’est très exactement ce que souhaite aujourd’hui certaines féministes. Demain, on jugera qu’un crime contre un musulman ou un juif est plus grave que l’assassinat de Marcel, tué chez lui parce qu’il refusait de donner le contenu de son portefeuille !

Car on n’est pas au bout de l’odieux et des contradictions qui en découlent : puisque ce n’est plus à l’Etat de dire ce qui est grave et ce qui l’est moins mais à la victime d’exiger réparation en fonction de l’étendue qu’elle donne à sa douleur, je serais tenté de dire  (si le sujet n’était aussi grave) que tout cela commence à ressembler à un assaut de revendication syndicale ! C’est à qui démontrera que le dommage qui lui est causé est le plus horrible et qui sera capable d’aligner le rapport de force le plus conséquent que l’Etat accordera le plus de droits au talion !

Mais, tout le monde est évidemment victime. Salah Abdeslam, au fond de sa prison a été certainement victime de son statut d’immigré stigmatisé. Qu’un avocat le défende n’est pas, en soi, choquant. Que la victimisation devienne une arme pour décider de ce que doit être la loi est une toute autre affaire ! On change simplement de civilisation.

Et c’est ce que vous laissez faire : une société qui n’est plus capable de différencier un acte selon qu’il a été intentionnel ou non, qui différencie le châtiment selon la nature de la victime est une société qui a perdu ses repères démocratiques. C’est une société qui tient de celle de l’ancien régime et n’a rien à voir avec celle issue de la DDH.

Mais je vais plus loin : j’ai deux fils qui m’ont affirmé l’un et l’autre que si quelqu’un tuait leurs enfants, ils le tueraient eux même ! C’est un sentiment qui n’est pas en soi illégitime : chacun de nous, confronté à une telle horreur n’aurait pas de cœur s’il n’avait cette réaction. C’est pour cela que l’Etat est la car on sait que la loi du Talion ne peut que générer des violences encore plus grandes. Mais pour que la « médiation «  de l’Etat soit acceptée, encore faut il qu’elle soit considérée comme juste et notamment que l’échelle des peines corresponde à la gravité des crimes. Ceci suppose que ces derniers soient  punis en fonction de la gravité que la société leur confère et non en fonction de la personne qui les commet où de la manière dont la victime aura su vendre sa souffrance. Loïc Sécher a été condamné parce que madame Royal, aux prises avec son désir permanent d’exhibition avait décidé qu’il fallait faire des exemples ! Jacqueline Sauvage a été libérée , bien qu’elle ait assassiné , sans doute au nom de l’injustice faite aux femmes et pour prévenir le « féminicide »

Vous voyez : le sort scandaleux fait au « sans dents » et de surcroît « mâle blanc » Loïc Sécher (car pour paraphraser le regretté Coluche, il n’était pas franchement coupable mais franchement mâle et blanc)  n’était, je le confesse, qu’un prétexte : celui de vous faire part de mon plus parfait mépris, que je vous laisse équitablement partager avec votre président et les membres de votre gouvernement ! Allons, cela ne devrait pas vous prendre plus de deux heures !

Martin Kelenborn

 

PS Ne cherchez pas mon nom dans l’annuaire des anciens élèves de l’ENA. Au Frenchbabwé, il devient prudent de conserver l’anonymat .

 

 

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